La lecture rapide, ça marche ?
En partie. Tu peux parcourir un texte plus vite, mais en comprenant moins. Une vaste revue de la recherche conclut qu’entre vitesse et compréhension, il y a un compromis, et qu’il est peu probable de doubler ou tripler sa vitesse (d’environ 250 à 500 ou 750 mots par minute) tout en comprenant le texte aussi bien (Rayner et ses collègues, 2016).
D’où vient cette réponse
La revue est signée par cinq chercheurs spécialistes de la lecture, notamment de l’université de Californie à San Diego et du MIT, et publiée dans Psychological Science in the Public Interest. Elle se demande si la lecture rapide tient ses promesses. La question circule au moins depuis 1959, quand Evelyn Wood a lancé son programme de lecture rapide, et elle est revenue avec les applis pour téléphone.
Et les applis qui affichent les mots un par un ? Une étude en laboratoire a testé l’idée qui les sous-tend. Les participants lisaient des phrases normalement, ou avec chaque mot masqué dès que leurs yeux l’avaient dépassé : impossible de revenir en arrière pour relire. Sans cette possibilité, ils ont moins bien compris, et pas seulement les phrases ambiguës. Selon les auteurs, cela remet en question les applis de lecture rapide qui suppriment les mouvements des yeux, comme celles qui montrent les mots un par un (Schotter, Tran et Rayner, 2014). C’était un test en laboratoire, avec des phrases, qui imitait ce format, pas le test d’une appli en particulier.
Quand lire vite a du sens
Selon la même revue, si tu n’as pas besoin de tout comprendre en profondeur, lire vite ou survoler te permet d’avancer plus vite avec une compréhension moyenne. C’est utile, par exemple, pour décider si un texte t’intéresse ou pour trouver une information précise. Pour étudier, signer un contrat ou suivre un raisonnement, mieux vaut lire à ton rythme.
Une étude en laboratoire sur le survol va dans le même sens. Les participants n’avaient le temps de lire que la moitié de chaque texte. Ceux qui ont survolé ont retenu plus d’idées importantes que ceux qui ont lu la moitié du texte, mais pas plus de détails, ni plus de ce qu’on pouvait seulement en déduire (Duggan et Payne, 2009). Dans une autre de ses expériences, survoler n’a pas fait mieux que lire la première ou la seconde moitié de chaque paragraphe. Il s’agissait de textes informatifs, lus contre la montre.
Ce qui aide vraiment à lire plus vite sans comprendre moins
La revue est concrète : pour garder une bonne compréhension tout en avançant plus vite, il faut pratiquer la lecture et mieux maîtriser la langue, par exemple avec plus de vocabulaire. Selon ses auteurs, la maîtrise de la langue est au cœur de la vitesse de lecture. En pratique : lire souvent et apprendre des mots.
Comment savoir si ça marche pour toi
Mesure les deux à la fois. Lis pendant une minute avec un chronomètre, compte les mots, puis résume en deux ou trois phrases ce que tu as lu. Si la vitesse monte et que le résumé reste vide, ce chiffre ne compte pas. Toutes les étapes, et combien de mots par minute un adulte lit en moyenne, sont dans notre autre article.
Questions fréquentes
La lecture rapide, ça marche ?
En partie. Tu avances plus vite dans un texte, mais tu comprends moins. C’est la conclusion d’une vaste revue de la recherche (Rayner et ses collègues, 2016).
Peut-on lire plus vite et tout comprendre ?
Pas beaucoup plus vite. La même revue constate un compromis entre vitesse et compréhension, et juge peu probable de doubler sa vitesse tout en comprenant le texte aussi bien.
Qu’est-ce qui aide vraiment à lire plus vite ?
Lire souvent et apprendre des mots. Selon la revue, pour garder une bonne compréhension tout en avançant plus vite, il faut pratiquer la lecture et mieux maîtriser la langue, par exemple avec plus de vocabulaire.
Survoler un texte, est-ce la même chose que la lecture rapide ?
Sur ce point, les deux se valent : selon la revue, ils te font avancer plus vite avec une compréhension moyenne. Ça suffit pour trouver une information ou décider si un texte t’intéresse, pas quand tu as besoin des détails.
Comment savoir si ça marche pour moi ?
Mesure la vitesse et la compréhension ensemble : une minute de lecture au chronomètre, puis un résumé de deux ou trois phrases, sans regarder. Si le chiffre monte et que le résumé reste vide, il ne compte pas.
Sources : Rayner, K., Schotter, E. R., Masson, M. E. J., Potter, M. C. et Treiman, R. (2016). So Much to Read, So Little Time: How Do We Read, and Can Speed Reading Help? Psychological Science in the Public Interest 17(1), 4-34 · Duggan, G. B. et Payne, S. J. (2009). Text skimming: The process and effectiveness of foraging through text under time pressure. Journal of Experimental Psychology: Applied 15(3), 228-242 · Schotter, E. R., Tran, R. et Rayner, K. (2014). Don’t believe what you read (only once): Comprehension is supported by regressions during reading. Psychological Science 25(6), 1218-1226. Si tu trouves une erreur, écris-nous et nous la corrigerons.
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